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Les 12 clés du Synode sur la famille
Publié le 22/10

Qu’est-ce qui a été dit, qu’est-ce qui n’a pas été dit durant le synode sur la famille ? Et à quoi auront servi ces 15 jours de débat ? Aleteia, réseau sur la foi chrétienne, fait le point.

Le Synode extraordinaire des évêques sur la famille s’est achevé avec la béatification du pape Paul VI. Et il semble que le grand public en soit ressorti un peu déconcerté par les articles de presse dans lesquels l’Eglise a parue divisée sur des thèmes d’actualité brûlants tels que l’accueil des personnes homosexuelles, les divorcés remariés, la crise de la famille...

Aussi nous a-t-il semblé nécessaire, au-delà des idées préconçues de certains journalistes, des a priori orientés et des raccourcis réducteurs, de revenir sur quelques clés nécessaires pour bien comprendre ce qui s’est dit et passé durant ce synode extraordinaire. Un synode qui, en réalité, visait à préparer le Synode ordinaire sur le même thème, qui se tiendra en octobre de l’année prochaine. Voici donc 12 clés pour résumer ces deux semaines de Synode…

1.- Une grande liberté de parole
Le pape a demandé explicitement aux personnes présentes au Synode (cardinaux, évêques, prêtres et laïcs) de s’exprimer avec la plus grande liberté ; ce qui, selon les participants au synode, a été le cas. “N’ayez pas peur de parler », avait exhorté le Pape François. Garder présent à l’esprit que la famille, quelle que soit sa situation ou ses crises, doit être “accueillie”, “écoutée” et “accompagnée”, car l’Eglise garde toujours “les portes ouvertes ”à tous les hommes, pour irrégulières ou difficiles que soient leurs vies, très proches ou éloignées de Dieu.

2.- De nombreuses interventions
Les interventions auront été aussi nombreuses que variées, car la réalité de la famille est plurielle, selon les parties du monde, et les évêques aussi sont différents : la situation de la famille occidentale n’est pas la même que celle de la famille africaine et asiatique. Alors qu’en Asie, on constate beaucoup de mariages mixtes avec des non-croyants, en Afrique, l’homosexualité est rejetée et il existe des familles polygames. Rien de plus logique, donc, que le fait que les évêques s’expriment différemment quand ils parlent des familles.

3.-Le pape François a gardé le silence
Il souhaitait écouter et ne trancher que lorsque les thèmes abordés auront mûri et seront mieux posés lors du prochain Synode ordinaire de 2015. Le pape François ne publiera aucun document à partir des conclusions des « circuli minores » ou petits groupes linguistiques. Les textes adoptés sont des "documents de travail" qui restent à l’étude au prochain Synode. L’intention est de de conjuguer la “miséricorde” de Dieu avec l’accompagnement de l’Eglise à “toutes” les familles, quelle que soit leur situation, avec la doctrine immuable, issue de la Révélation sur la famille et le mariage.

4.- Un organe consultatif
Un Synode est un organe consultatif du Pape auquel participent les représentants de toutes les conférences épiscopales. Son rôle est de se réunir avec le Pape et de débattre des thèmes d’actualité, dans le cas présent la famille. C’est ce qu’on appelle vivre la “synodalité” ou “collégialité ”, selon l’expression du Concile. Autrement dit “cheminer ensemble et vivre la coresponsabilité dans la vie de l’Eglise sous Pierre, et avec Pierre.

5.- Le jeu médiatique des fuites
Dans tous les Synodes – comme cela a été le cas dans le Concile — il y a des fuites dans la presse, en particulier sur des faits susceptibles de produire un effet sur le public, comme le thème des homosexuels ou des divorcés. Les agences internationales diffusent ces fuites, comme si celles-ci étaient les opinions du Synode. Tel est le jeu actuel du monde de la communication : “si vous ne relatez pas des choses insolites, vous n’aurez pas votre gros titre”. Lors des Synodes, c’est toujours ainsi, d’emblée les médias divisent les pères synodaux en « progressistes » et « conservateurs ». Les conservateurs sont logiquement ceux de la Curie et les progressistes les pères synodaux qui se démarquent en rompant d’une manière ou d’une autre avec la doctrine traditionnelle. Dans ce Synode, le climat a été bon, malgré des divergences logiques et normales. Une chose est de ne pas être d’accord, en défendant avec force ses propres idées, une autre est de “se battre ”, comme l’ont prétendu certains médias. Les pères synodaux ont demandé d’élargir les tribunaux ecclésiastiques sur les nullités de mariage et qu’ils soient plus rapides.

6.- Changer la pastorale, pas la doctrine
Une chose est de comprendre et d’accompagner les familles en vivant avec elles la souffrance d’une crise ou de situations irrégulières, et une autre d’accepter ces situations irrégulières, comme si elles avaient l’approbation de l’Eglise. Le Synode n’est pas venu changer la doctrine, mais la pastorale.

7.- Le message de la beauté de la famille
Le message du Synode manifeste comment le Christ continue à passer dans les rues de nos villes et dans nos foyers en montrant la “beauté” de la famille, reflétée dans le témoignage quotidien offert par de nombreuses familles à l’Eglise, ainsi qu’au monde par « leur fidélité, leur foi, leur espérance et leur amour“ , en dépit des difficultés… Il y a, avant tout, le grand défi de la fidélité dans l’amour conjugal parce que l’affaiblissement de la foi et des valeurs, l’individualisme, l’appauvrissement des relations, le stress d’une frénésie qui empêche la réflexion marquent aussi la vie familiale.”On assiste alors à « de nombreuses crises matrimoniales, affrontées souvent de façon expéditive, sans avoir le courage de la patience, de la remise en question, du pardon mutuel, de la réconciliation et même du sacrifice ».

8.- "Le fétichisme de l’argent"
Nous pensons, dit le Message du Synode, aux difficultés économiques causées par des systèmes pervers, par le « fétichisme de l’argent » et par « la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain » (Evangelii gaudium, 55), qui humilie la dignité de la personne. Nous pensons aux pères et aux mères sans emploi, impuissants face aux besoins les plus élémentaires de leur famille ; et à ces jeunes qui se trouvent devant des journées désœuvrées et sans espérance, proies potentielles des dérives de la drogue et de la criminalité ”. Nous pensons à la foule des familles pauvres, aux familles de réfugiés, à celles qui sont persécutées simplement à cause de leur foi, à celles qui sont frappées par la brutalité des guerres, aux femmes qui subissent la violence, aux enfants et aux jeunes victimes d’abus ». Et d’ajouter : “ Nous faisons appel aux gouvernements et aux organisations internationales pour promouvoir les droits de la famille en vue du bien commun… Le Christ a voulu que son Église soit une maison avec la porte toujours ouverte et accueillante, sans exclure personne.”

9.- Allers vers périphéries sans négliger les témoins
Jésus-Christ n’est pas allé chercher les bons, mais les publicains et les pécheurs. Il faut sortir pour aller vers les périphéries, sans négliger les familles qui servent de modèles et de témoignage pour les autres familles. “Le sommet qui recueille et récapitule tous ces liens de la communion avec Dieu et avec le prochain –dit encore le Message du Synode - est l’Eucharistie dominicale, lorsque, avec toute l’Église, la famille prend place à la table du Seigneur. Lui-même se donne à nous tous, pèlerins de l’histoire en route vers la rencontre ultime lorsque le « Christ sera tout en tous ” (Col 3, 11). Pour cela, dans la première étape de notre chemin synodal, nous avons réfléchi à l’accompagnement pastoral et à la question de l’accès aux sacrements des personnes divorcées-remariées”.

10.- Le souci de miséricorde
Le Synode ne remet pas en question la doctrine, mais réfléchit sur la pastorale, soit le discernement spirituel pour l’application de celle-ci. La miséricorde ne supprime pas les commandements mais constitue leur clé herméneutique (art d’interpréter les textes sacrés). La sexualité doit être abordée de façon très positive, car on parle si souvent des aspects négatifs de la sexualité hors mariage qu’il semble que la sexualité dans le mariage soit “une concession à une imperfection ”.

11.- L’Amour conjugal, unique et indissoluble
De par sa nature, l’amour tend à rimer avec toujours, jusqu’à donner sa vie pour la personne qu’on aime (cf. Jn 15, 13). L’amour conjugal, unique et indissoluble, persiste malgré les nombreuses difficultés des limites humaines ; c’est l’un des plus beaux miracles, bien qu’il soit aussi le plus commun”. L’amour n’est pas seulement procréation, mais aussi, éducation dans la foi et catéchèse des enfants. Ce devoir est souvent partagé et exercé avec beaucoup d’affection et de dévouement aussi par les grands-parents. Ainsi la famille se présente comme une authentique Église domestique ”. L’amour est “un don de biens partagés, de présence, d’amour et de miséricorde et aussi un témoignage de vérité, de lumière, de sens donné à la vie ”.

12.- Le mariage est une vocation à part entière
“Le mariage est une vocation à part entière, authentique, et comme tel requiert fidélité et cohérence”, dit enfin le message synodal. ”Personnalisée, la préparation (sacramentelle) doit être longue et rigoureuse, au risque de diminuer le nombre de mariages célébrés dans l’Eglise ”. La famille doit être l’école de l’“altérité” où l’on accepte l’autre tel qu’il est, avec amour. “La famille est confrontée à la “dictature de la pensée unique” autour des concepts de la famille, vus de façon profane et au gré des modes de l’époque. La crise des valeurs, le sécularisme athée, l’hédonisme et l’ambition du pouvoir sapent les valeurs de l’union entre l’homme et la femme ”.

Au terme de ces quinze jours de synode, cette réunion des évêques avec le successeur de Pierre et en communion avec lui, bien que dans une confrontation sereine sur les problèmes des familles, témoigne d’une Eglise vivante, vigoureuse, où tous partagent leur point de vue, souhaitant donner le meilleur au peuple chrétien, après que cela ait été approuvé et promulgué par le Pape.

- Altetia France / Traduit de l’édition hispanophone d’Aleteia par Elisabeth de Lavigne